« Le non n’était pas un non catégorique mais un non consentant. »*


Paroles d’assassins, paroles de violeurs, paroles de tortionnaires**

Monsieur le Président,
J’ai perdu patience, j’ai perdu la tête. J’ai vu rouge. J’avais bu, j’étais ivre, j’étais presque fou. La colère m’emporta. J’étais à bout

Monsieur le Président,
Elle ne voulait pas se laisser faire, ne voulait pas se donner tort, ne tenait aucun compte de mes observations. Elle ne m’avait pas regardé en face, m’avait fait des grimaces, s’était moquée de moi. Elle ne me parlait pas franchement, m’avait insulté. Elle me bravait

Monsieur le Président,
Je fus emporté par une force supérieure, j’étais sous l’empire de la passion, j’ai cédé à un irrésistible affolement, je n’ai obéi qu’à une funeste impulsion

Monsieur le Président,
Je l’ai fait sans m’en apercevoir. J’étais affolé, perdu, comme somnambule. Je ne me rendais pas compte de ce que je faisais. Et le malheur s’est accompli

Monsieur le président,
Tout ça, c’est des mensonges, une invention de ma belle-mère, je jure que rien n’est vrai, que tout n’est que calomnies

Monsieur le Président,
Je ne la connaissais pas

Monsieur le Président,
Elle ne voulait pas répondre à mes avances, ni se donner à moi. Elle me menaçait de rupture. Elle m’avait congédié et refusait de m’épouser

Monsieur le Président,
Elle était ma maîtresse, elle était ma femme, elle était ma fille. C’était ma chose, c’était mon bien

Monsieur le Président,
C’est elle qui m’avait invité. L’avant-veille encore, elle me donnait rendez-vous

Monsieur le Président,
J’ignore ce qui s’est passé, je ne me souviens plus de rien, j’ai tout oublié

Monsieur le Président,
Elle me nourrissait fort mal

Monsieur le Président,
Elle usait de tous les mauvais procédés pour se débarrasser de moi. Elle voulait que je la batte pour avoir un prétexte pour s’en aller

Monsieur le Président,
Elle riait trop avec les garçons boulangers, elle avait des allures indépendantes, des façons très libres avec les clients et faisait trop tourner ses jupes. Malgré mes ordres formels, elle persistait dans ses visites. Je l’avais rencontrée avec un monsieur, une autre fois avec des jeunes gens. J’ai acquis la conviction qu‘il y avait eu un baiser. Sa réputation n’était plus à faire

Monsieur le Président,
Je n’ai agi qu’exaspéré par son inconduite, et outré par sa vie irrégulière. J’ai été poussé à bout par ses violences. Sa coquetterie et son inconduite sont la cause de tout. C’est elle qui par son attitude m’a incité au crime. Elle a fait de moi un criminel

Monsieur le Président,
Le coup est parti sous le coup de l’outrage qui m’était fait

Monsieur le Président,
Je n’avais pas de dessin criminel. Je voulais juste constater l’adultère, simplement l’intimider. Je ne pensais pas à lui faire de mal. Je ne voulais pas la faire souffrir, mais juste la tuer d’un coup

Monsieur le Président,
J’avais peur qu’elle me dénonce

Monsieur le Président,
J’ai fait cela avec préméditation pour la punir de ne pas avoir repris la vie commune. Je l’ai tuée pour qu’il ne l’ait pas. Elle voulait me quitter, j’ai préféré qu’elle fût morte

Monsieur le Président,
Après, j’ai voulu me tuer mais le coup a raté

Monsieur le Président,
Il fallait que ça arrive, eh bien maintenant, ça y est !

Monsieur le Président,
Elle n’a eu que ce qu’elle méritait, je ne regrette nullement ce que j’ai fait

Monsieur le Président,
Elle était phtisique. Elle ne me servait plus à rien. Je ne pouvais plus ni la voir, ni la sentir. Elle me répugnait, il fallait en finir. Je n’en voulais plus

Monsieur le Président,
L’acte que j’ai commis peut arriver à tout le monde. N’importe qui peut arriver à un accès de colère. Et puis, comme vous le savez, avec les femmes, on ne sait jamais

Monsieur le Président,
Il me fallait de l’argent. Cette femme, en me quittant, m’avait fait perdre mon travail (souteneur). Je me trouvais à bout et n’avais aucune autre issue

Monsieur le Président,
Je voulais savoir comment les femmes étaient faites

Monsieur le Président,
Elle s’est blessée avec le fermoir de son sac. Elle s’est enferrée sur le couteau que je tenais à la main pour me couper une tranche de pain. Je portais mon rasoir sur moi pour le faire repasser. C’est elle qui s’est jetée par la fenêtre

Monsieur le Président,
Si j’avais voulu la tuer, je l’aurais tuée
Si j’étais coupable, je ne serais pas ici, je me serais fait justice moi même

Monsieur le Président,
J’étais décidé à faire un coup. J’avais idée de faire une femme. J’avais la haine de la femme. Elle a payé pour les autres

Monsieur le Président,
J’ai été atteint de paludisme dans les bataillons d’Afrique
Je n’ai jamais braconné
J’ai toujours travaillé honnêtement, même pendant les grèves

Monsieur le Président,
J’ai été pris d’une lubie
J’ai fait une sale bêtise

Monsieur le Président,
Je tenais à cette femme. Je déplore ce qui est arrivé. Je regrette. Je lui demande pardon. Je m’excuse. Je veux bien faire des excuses, mais c’est tout. Si j’ai eu des torts, je les ai déjà expiés suffisamment depuis deux ans. Je ne recommencerai jamais

Monsieur le Président,
Je demande l’indulgence de la Cour
Devant Dieu qui m’entends, sur la tête de mon enfant et de ma vieille mère, je suis innocent, je le jure !

* Violeur 1987
 ** La Gazette des Tribunaux. 1894–1913.

Merci à Marie-Victoire Louis – http://www.marievictoirelouis.net/document.php?id=1070&mode=last

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