Le sermon d’hypocrite ou le serment d’Hippocrate ?


Il y a parfois des hasards auxquels nous avons du mal à croire. L’article dont je vais vous parler dans quelques lignes semble être, d’une part , une validation des propos de Rufo [1]d’autre part, une critique sommaire du livre « enfants violés et violentés, le scandale ignoré » Livre dans lequel, Gérard Lopez, médecin, dresse un tableau noir des violences commises sur les enfants et en appelle aux pouvoirs publics afin que toutes les mesures soient prises pour   mettre fin au massacre… [2] L’auteur du livre était d’ailleurs l’invité de deux médecins le 14 janvier [3]
Il a  par ailleurs souvent été rappelé que les médecins ne font que peu de signalements d’enfants en danger. Ce que nous confirme le Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM)  « Seulement 10% émanent d’une alerte lancée par le corps médical »
 Si les médecins ne sont à l’origine que de  10%  de signalements alors même que le médecin est en première ligne, pourquoi le CNOM a-t-il pris la peine de  publier un article avec menaces non voilées à l’attention des médecins ?
L’article, totalement irresponsable,   publié le 16 janvier sur le site  du quotidien du médecin, a pour titre « l’Ordre invite à la prudence dans les signalements à Paris » [4]
 Un titre en total décalage avec le corps de l’article dans lequel nous découvrons des injonctions de ne pas parler que sur ordre de l’ordre (1). Des conseils pour ralentir le travail de la justice (2) Car nous dit-on les enfants (et les mères ?) sont des menteurs (3)
 1) « Parler ou se taire »
«L’observation d’un hématome ou d’une ecchymose suspecte chez un enfant, comme la suspicion de violences physiques ou sexuelles plonge le médecin dans d’affreux doutes, face auxquels il ne peut rester seul. Aussi, avant d’envisager le signalement d’une information préoccupante, mieux vaut en connaître le cadre et les limites » Affirmation peu compréhensible de l’Ordre, le médecin serait plongé dans « d’affreux doutes », pourquoi ? A quel propos  précisément ? Si les « affreux doutes » concernent la véracité des révélations de l’enfant, il nous semble qu’au vu du peu de signalements, les médecins  torturés par ces « affreux doutes » ont vite réglé la question en ne signalant pas. Ne vaut-il pas  mieux signaler au risque de faire une erreur que de laisser un enfant en danger repartir avec ses bourreaux.  Apparemment ce n’est pas du tout l’avis du CNOM , ce n’était d’ailleurs pas celui de Rufo qui considère  le signalement comme « une mode » . Qui a soufflé à l’autre ? Rufo à l’Odrdre ou l’Ordre à Rufo ? C’est sans doute ce qui explique que l’Ordre n’a toujours pas donné réponse à la lettre ouverte « l’invitant » à prendre ses responsabilités en condamnant le diagnostic télévisé du Docteur Rufo ! Mais revenons à l’article , l’Ordre rappelle (radote ?) qu’il y a un cadre et des limites à connaître avant de signaler un enfant en danger. Pense t’il vraiment qu’un médecin procède à un signalement à la légère ? Et même, si le médecin ne connaît pas ce fameux « cadre », il lui suffit d’un coup de clic pour lire le code de déontologie [5]
Article 44: « Lorsqu’il s’agit d’un mineur ou d’une personne qui n’est pas en mesure de se protéger en raison de son âge ou de son état physique ou psychique, il alerte les autorités judiciaires ou administratives sauf circonstances particulières qu’il apprécie en conscience. »
Je dois dire (encore une fois) que je  n’ai jamais compris quelles sont ou seraient ces « circonstances particulières » pouvant justifier que le médecin ne signale pas un enfant en danger ? J’ai beau me forcer je ne vois absolument pas ce qui pourrait être pire que de laisser un enfant dans le danger… Oserais-je dire que les médecins ont une bonne excuse, des « circonstances particulières », pour ne pas signaler ?
 Le Conseil de l’Ordre semble penser que le médecin est un mineur incapable d’apprécier seul si l’enfant est ou non en danger . Les bons médecins sont ceux qui ont « le bon réflexe de les contacter ». Autrement dit , le conseiller ordinal confortablement installé dans son bureau serait plus à même d’apprécier la situation de danger que le médecin qui est face à son patient? Oui nous dit l’ordre, c’est le confrère du bureau qui doit dire au médecin s’il doit « parler ou se taire » 
 D’après l’Ordre, les conseillers ordinaux « précisent » tous les jours aux médecins qui les appellent « une certaine prudence » . Nous comprenons alors pourquoi « seulement » 300 signalements à l’initiative des médecins sur un total de « 3000 informations préoccupantes ­[qui] « atterrissent chaque année sur le bureau du procureur » de la « section des mineurs de Paris »
Il faut, nous dit l’ordre, (qui reprend les termes du 1er alinéa de l’article 44) ne pas signaler s’il y  a des  «  circonstances particulières » et quand le médecin ne trouve décidément pas de « circonstances particulières » susceptibles de l’empêcher de signaler… Il doit alors, signaler mais attention ! Ce signalement doit être fait avec « prudence et circonspection » . Ce  qui fait réagir Jean-Pierre Rosenzweig, Président du tribunal pour enfants de Bobigny : « Je suis choqué par la formule « signaler avec prudence et circonspection ». « Qu’est ce que ça veut dire ? » Soit les conditions sont réunies pour saisir l’autorité judiciaire, soit elles ne le sont pas. » [6] 
J’insiste et m’adresse humblement à l’Ordre. S’il pouvait   nous fournir une liste de « circonstances particulières » il aurait toute ma reconnaissance. Espérons(hum) que les formules attitrées de l’Ordre ne poussent pas les médecins à renvoyer des enfants en danger chez leur bourreau…
 2) Ralentir le travail de la justice
La brigade des mineurs sera ravie d’apprendre qu’elle mène des « interrogatoires musclés » Précision cette brigade (la seule qui porte ce nom en France) montre ses muscles au téléphone.  Il faut nous dit l’avocate du Conseil de l’Ordre « contraindre » la brigade des mineurs à « saisir les dossiers médicaux dans le cadre de commission rogatoire » Surtout, chers docteurs ne participez pas à la reconnaissance de la vérité, à sauver un enfant, à arrêter un agresseur, un violeur, un pédophile… Résistez et faites en sorte de ralentir le travail d’une brigade qui a pour mission de mettre fin à la situation de danger, d’arrêter les délinquants et criminels d’enfants. Taisez-vous alors que les enfants sont en danger…Vous n’avez rien à craindre nous dit le Conseil du CNOM « les juges ne décident de saisir les dossiers que dans 3 à 4 % des » « dossiers instruits » . Pourquoi cette précision ? Les juges ne vont au fond des choses que rarement ? Cette précision  est surtout l’argument ultime qui veut convaincre les médecins qu’ils peuvent  obéir aux injonctions de l’ordre sans risquer de se voir saisir le dossier médical sur commission rogatoire. Car, comme nous le savons tous les juges n’ont pas assez de dossier à traiter ! Il faut encore que des médecins viennent leur mettre des bâtons dans les roues alors qu’il s’agit de protéger les enfants…
 Mais non , le Conseil de l’Ordre ne ferait pas une chose pareille. En fait les enfants ne sont pas en danger… Ils mentent
 3) Les enfants sont des menteurs
 A en croire la présidente du Conseil de l’Ordre Parisien, « les fausses plaintes » sont légion notamment dans les cas de divorces. Les enfants « sont invités à mentir » par rapport à des sévices.  C’est extraordinaire, de quelle statistique est déduite cette affirmation ? Est-ce que Madame , comme Marcel Rufo, déduit d’un non-lieu le mensonge de l’enfant ? Non cette fois-ci il semble que le mensonge de l’enfant découle des classements sans suite. Décidément ces médecins sont tellement arrogants qu’ils donnent des conclusions totalement erronées à des notions juridiques (non-lieu, classement sans suite) dont ils ne connaissent visiblement pas, ni les définitions, ni les implications.
Le Conseil National appui l’argument , « en délivrant un certificat médical, le médecin est pris en otage dans le tourbillon d’un mensonge familial »
 Nous y voilà le mensonge familial… L’Ordre ne fait-il pas allusion à ce syndrome dit d’aliénation parental inventé de toute pièce par un pédophile ? Ce syndrome si souvent évoqué par les masculinistes de tout bois, admis parfois, souvent (?) par les tribunaux contre les mères qui ne souhaitent qu’une chose… Protéger les enfants contre des pères incestueux… Car faut-il le préciser, le syndrome d’aliénation parental devrait s’appeler le syndrome d’aliénation maternel. Voyez-vous , les aliénantes ne peuvent être que des mères, des femmes… Non mais oh !
Je ne m’attarderai pas sur la danse des chiffres qui pris de manière isolé n’ont que peu de signification, voire aucune, ni dans un sens, ni dans un autre et surtout qui sont loin de refléter la réalité des violences faites aux enfants[2]
Voilà qui est clair, attention aux sanctions… Et, pas seulement pour absence de guillemets.
Le Conseil de l’Ordre l’avoue, « nul ne sait la suite donnée » au signalement d’un enfant en danger
 Alors, encore une fois, pourquoi cet article ???
 Chers médecins je vous invite à consulter le code pénal, n’obéissez pas aveuglément à votre Ordre sous peine de vous retrouver un de ces jours devant les juges professionnels ou non … [7]
Au royaume des médecins, l’Ordre est aveugle…
 
 [1]https://lacorrectionnalisationduviol.wordpress.com/lettre-ouverte-au-conseil-national-de-lordre-des-medecins/
[2]http://www.dunod.com/sciences-sociales-humaines/action-sociale-et-medico-sociale/enfants-et-adolescents/enfants-violes-et-violentes-le-scanda
[3] http://www.france5.fr/sante/le-magazine-de-la-sante/emission/2013-01-14
[4]  L’ORDRE INVITE A LA PRUDENCE
 [5] http://www.conseil-national.medecin.fr/article/article-44-sevices-268
[6] http://www.infobebes.com/Actualites/Maltraitance-trop-de-signalements-infondes-1989557
[7] Article 223-6 du code pénal « Quiconque pouvant empêcher par son action immédiate, sans risque pour lui ou pour les tiers, soit un crime, soit un délit contre l’intégrité corporelle de la personne s’abstient volontairement de le faire est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75000 euros d’amende.
Sera puni des mêmes peines quiconque s’abstient volontairement de porter à une personne en péril l’assistance que, sans risque pour lui ou pour les tiers, il pouvait lui prêter soit par son action personnelle, soit en provoquant un secours. »
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3 réflexions au sujet de « Le sermon d’hypocrite ou le serment d’Hippocrate ? »

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